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Les états d'âme de MZ
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Ah Dieu, que la guerre est jolie ! (*)

Ah Dieu, que la guerre est jolie ! (*)

De quoi la guerre déclenchée en Iran le 28 février est-elle le nom ?

J’hésite entre agression et viol, tant ces deux vocables qualifient bien cette opération spécialement coordonnée par Netanyahou et Trump : agression militaire disproportionnée et viol du droit international qui encadre le déclenchement de toute intervention par des critères objectifs comme l’imminence d’une menace, la proportionnalité dans le déploiement des armes et la protection des civils.

Ces deux individus, ivres de puissance, ont joliment nommé leurs méfaits “Lion rugissant” et “Fureur épique”, illustrant sans vergogne leurs postures de vigoureux guerriers, phallus dressés et sourires carnassiers, répondant ainsi parfaitement à la définition du viol, crime qui associe violence, agression, domination et engendre des conséquences physiques et psychologiques profondes chez les victimes : blessures, troubles anxieux, dépression, syndrome de stress post-traumatique, etc.

Bien entendu, la question n’est pas de savoir si la république islamique des mollahs est un régime respectable, mais celle de s’interroger sur les conséquences pour les populations du Proche-Orient, de nouveau écrasées par les bombes… pardon, on ne dit plus bombardement, c’est ringard, mais “frappe”, c’est plus viril.1

N’a-t-on pas déjà mesuré les conséquences dévastatrices d’interventions armées du même genre en Irak, en Libye, en Afghanistan ?

La question est aussi d’observer attentivement le déploiement constant de la méthode Trump : faire semblant de négocier, exercer tous les moyens de pression dont on dispose, user de gros mensonges au besoin et cogner fort au moment jugé opportun. C’est ainsi que fonctionne désormais la diplomatie trumpiste en Europe, après que les Vance et Rubio ont éructé leur grossière propagande à Munich où le dernier cité a obtenu une ovation debout parce qu’il avait été un peu moins agressif que son prédécesseur.

À propos de diplomatie, ne faut-il pas rappeler que c’est ce même Trump qui, en 2018, a torpillé l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien qui avait été péniblement conclu en 2015 ? Et le pompier pyromane vient nous expliquer aujourd’hui que la “Fureur épique” s'impose pour des raisons “existentielles”, mot à la mode pour justifier le déchainement des pires violences.

Quant à Netanyahou, champion du viol permanent des cessez-le-feu, massacreur des gazaouis, liquidateur consciencieux de la cause palestinienne, pourfendeur compulsif de l’antisémitisme (synonyme à ses yeux de toute opposition à sa politique), il provoque une nouvelle guerre pour demeurer à l'abri des poursuites judiciaires, recimenter la nation qui pourrait bouger encore, et nous promet d'autres “bonnes surprises” dont on se régale d'avance2

L’Europe est très préoccupée… par l’envolée du prix des carburants, après que la plupart des dirigeants des États membres de l’UE ont félicité les deux compères guerriers de “faire le sale boulot”. Seul, Pedro Sanchez, premier ministre espagnol, a clairement dénoncé l’opération en osant interdire l’usage de ses bases à l’armada étasunienne, bravant Trump et ses prévisibles représailles en sauvant ainsi l’honneur de l’Union empêtrée dans ses récurrentes divisions3.

Nous sommes bien loin de ce que le monde attend de l’UE qui, dans la période actuelle, devrait se montrer digne de ce qu’en disait le secrétaire général des Nations Unies, lors d’une réunion à Bruxelles en juillet 2023 en la qualifiant de “pilier du multilatéralisme et comme l’initiative de consolidation de la paix la plus réussie qui ait été mise en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale”. Dans le même temps, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, déclarait que “Nos institutions transcendent toutes les deux les frontières et les intérêts nationaux (…) Le monde a plus que jamais besoin de l’ONU.”4

En ne condamnant pas fermement une opération militaire illégale, après avoir participé comme observateur au Comité de la paix à la Trump concernant Gaza, l’UE bafoue l’ONU, renie ses propres valeurs5 et se rend complice de voyous sans foi ni loi.

Je songe à la déclaration de Mario Draghi6 du 18 février 2025 devant le parlement européen : “Il est de plus en plus évident que nous devons agir comme si nous étions un seul État (...) Alors, quand vous me demandez ce qui est mieux, ce qu’il faut faire maintenant, je réponds : je n’en ai aucune idée, mais faites quelque chose.”

Il est tout aussi évident que la gouvernance timorée actuelle de l'Union n'est plus du tout adaptée à notre temps. Bien plus qu'une puissance militaire, elle doit être une puissance politique exemplaire, qui promeut sans faiblesse ses valeurs de démocratie et de liberté et soutient un ordre mondial fondé sur des règles internationales privilégiant la diplomatie comme instrument de traitement des conflits.

Et l'enjeu n'est rien de moins que la paix dans le monde.

(*) Ah Dieu ! que la guerre est jolie (Oh! What a Lovely War) est une comédie musicale satirique de Joan Littlewood (1963) adaptée au cinéma par Richard Attenborough (1969). C’est aussi un vers du poème L’Adieu du cavalier (Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre) de Guillaume Apollinaire, publié en1918.
  1. Selon un bilan de l’ONG Human Rights Activists News Agency, plus de 1 200 civils, dont au moins 194 enfants, ont été tués dans les frappes américano-israéliennes en Iran (Le Monde, 9/03/2026).
  2. Dans un communiqué récent, Tsahal a déclaré qu’il avait “neutralisé et détruit plus de 60 % des lanceurs de missiles balistiques iraniens” et “détruit 80 % des systèmes de défense aériens”. L’armée a ajouté qu’elle “a encore d’autres surprises en réserve”, soulignant la capacité de l’aviation israélienne à poursuivre ses frappes avec un impact stratégique croissant.

  3. Déclaration de Pedro Sanchez du 4 mars : “Non à la faillite du droit international. Non à l’idée que le monde ne puisse résoudre ses problèmes qu’à coups de bombes. Et, enfin, non à la répétition des erreurs du passé. Cette crise nous affecte et nous demandons à toutes les parties, les États-Unis, l’Iran et Israël, de s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. On ne peut pas répondre à une illégalité par une autre : c’est ainsi que commencent les plus grandes catastrophes de l’humanité. Nous condamnons le régime iranien, qui réprime et tue brutalement ses citoyens, en particulier les femmes, mais nous rejetons en même temps ce conflit et appelons à une solution diplomatique et politique. Certains diront que c’est naïf. Ce qui est naïf, c’est de croire que la violence est la solution, ou de penser qu’un suivisme aveugle et servile est une forme de leadership.”
  4. Voyez ici la page du site de l’ONU consacrée à la coopération avec l’UE.
  5. Art. 2 du traité de Lisbonne (en vigueur depuis 2009) : Dans ses relations avec le reste du monde, l'Union affirme et promeut ses valeurs et ses intérêts et contribue à la protection de ses citoyens. Elle contribue à la paix, à la sécurité, au développement durable de la planète, à la solidarité et au respect mutuel entre les peuples, au commerce libre et équitable, à l'élimination de la pauvreté et à la protection des droits de l'homme, en particulier ceux de l'enfant, ainsi qu'au strict respect et au développement du droit international, notamment au respect des principes de la charte des Nations unies.
  6. Ancien président de la Banque centrale européenne, ancien président du Conseil italien, auteur d'un rapport sur la compétitivité de l'UE, commandé par la Commission européenne.